Contact et commentaires

Ce blogue contient une série de petits articles, textes et contes qui pourraient vous divertir si le genre vous intéresse. Dans le calendrier, les dates en gras sont des dates où il a été enregistré des articles. Je vous invite à utiliser cet article-ci pour me contacter ou émettre un commentaire.

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Publié dans : on février 11, 2009 at 9:36  Commentaires (1)  

Misère, misère


Misère

Debout!  les damnés de la Terre
Prolétaires et sous-prolétaires
Pour crier très fort la colère
À la finance et ses vicaires.


Aux comptables de la misère,
Aux gérants de l’indécence,
Aux prophètes de la finance
Aux sophismes monétaires


Aux rédacteurs d’Actualité
Vecteurs de l’ignorance,
Qui prennent leur quittance
Des grands financiers.


Aux justiciers de la richesse
Aux ayatollahs  du profit
Aux fausses politesses
Empreintes de mépris,


Aux fausses promesses
Pour berner les mal-pris,
Aux fausses vérités.
L’injustice  injustifiée


Debout! les damnés de la Terre
Travailleurs à petits salaires
Serveuses, ménagères,
Ouvriers, ouvrières.


Les travailleurs solitaires
Les rejetés, les mis-à-pied
Les temps-partiel, les estropiés,
Et les statut- précaires.


Les esclaves d’Asie,
Les émules de Zapata
Les paysans de Bolivie
Nostalgiques de Guevara.
Bientôt les trouducs de La Terre
Vont se boucher ben dur
Et les puissances bancaires
Aux aspirations obscures


Seront débordées par la misère
Qu’elles auront créée
Au nom de la liberté
Du marché planétaire.


Boucane  1998

 

Publié dans : Non classé on novembre 8, 2011 at 8:27  Commentaires Fermés  

Résidence Au Bon Repos- conte d’Halloween pour adulte

Amanda Tanguay s’éveilla soudainement, elle regarda son réveil: il était trois heures de l’après-midi. Elle se sentait légèrement étourdie mais finalement, elle se considéra mieux qu’à l’habitude. À 92 ans, il n’est pas anormal de vivre dans un malaise presque constant. Quand le malaise est peu dérangeant, on bénit ce jour là.  Ne sachant pas trop quoi faire, elle sortit de son appartement avec l’intention d’aller rejoindre ses comparses, question de mémérer un peu pour passer le temps.

Amanda était installée à la Résidence du Bon Repos depuis dix ans maintenant. Elle s’était résignée à laisser la petite maison qui l’avait vue vivre la presque totalité de sa vie adulte, avec son époux Romuald puis ses trois enfants, puis seule pendant quinze ans, après le départ des enfants et le décès de son conjoint à recevoir ses petits-enfants comme toute bonne grand-maman sait le faire. Elle avait choisi ce petit appartement de la résidence  qui n’accaparait pas la totalité de ses énergies en entretien domestique avec la conscience qu’elle y finirait ses jours, paisiblement, espérait-elle.

Ce jour là, donc, 31 octobre, Amanda se leva à trois heures de l’après-midi et se rendit au salon de l’étage. Au centre du bâtiment qu’elle occupait, à chaque étage, à la sortie des ascenseurs, on avait aménagé un salon assez spacieux qui donnait à la fois sur la cour arrière et sur l’entrée principale, à l’avant. Depuis plusieurs années, elle avait pris l’habitude de rejoindre d’autres résidentes à ce salon (les quelques hommes qui logeaient dans l’immeuble ne trouvaient aucun intérêt, semble-t-il, à fréquenter ce salon). Elle y retrouva Madame St-Gelais, Madame Cormier, Mesdames Tremblay et Jodoin qu’on voyait toujours ensemble si bien que les autres avaient pris l’habitude de toujours citer, en parlant d’elles, leur nom ensemble d’un façon qui aurait laissé croire qu’il ne s’agissait que d’une seule personne: “Tremblay-Jodoin”.

Une de leur activité préférée était de regarder par la fenêtre du quatrième étage, où logeaient toutes ces vieilles dames, et de tenter de prévoir ce qui arriverait dans l’immeuble: Qui aurait de la visite? , qui sortait, où on allait? qui revenait et d’où? et luxe suprême, quand une ambulance se présentait à l’entrée principale, tenter de deviner qui elle était venue chercher et gager sur la possibilité que son appartement se libère définitivement (comprendre que le passager ou la passagère de l’ambulance allait décéder, ce qui arrivait assez régulièrement, étant donné l’âge moyen de la clientèle de l’immeuble). Quand on fréquente la mort régulièrement, mieux vaut apprendre à en rigoler un peu pour ne pas vivre dans la  peur et attendre son tour avec moins d’anxiété.

Il faisait triste au dehors, novembre allait arriver le lendemain. Il ne pleuvait pas mais le temps était gris et froid pour les vieux os de ces dames, elles appréciaient juste le fait d’être au dedans, au chaud. Amanda regardait sans entrain l’hiver commencer à s’installer songeant intérieurement qu’elle avait réussi à vivre un autre été, qui avait peut-être été  son dernier.

Rien ne leur venait à dire, elles attendaient qu’il se passe quelque chose et depuis au moins quinze minutes, il ne s’était absolument rien passé.

Le temps s’étirait et Madame Cormier annonça qu’elle retournait dans son appartement. Ce n’était pas tant pour changer réellement d’activité que pour meubler le silence lourd qui s’était installé devant la fenêtre qu’elle avait annoncé son intention; bien entendu, après l’avoir annoncé il fallait bien qu’elle le fasse et comme elle tournait les talons pour retourner chez elle, Madame St-Gelais la retint par le bras: “Attendez! Attendez! Il se passe quelque chose!”  “Quoi?” “J’entends une ambulance” “Si on l’entend, c’est qu’elle ne vient pas ici” lança madame Tremblay.

En fait, les ambulances qui se rendaient Au bon Repos coupaient leur sirène au coin de la rue, à environ deux cent mètres de la résidence, elle devenait inutile et perturbait inutilement les locataires qui, n’avaient pas à être soumis au stress continuel de voir partir l’un ou l’une des leurs pour l’autre monde parce que, finalement,  c’est toujours l’ambulance qui venait les chercher pour le dernier voyage.

“L’ambulance est au coin de la rue et les sirènes se sont tues… c’est pour ici!!!” “Enfin de l’action, fit l’une d’elles, Je gage deux boutons  que ça va se passer au troisième”

L’enjeu peut sembler ridicule, c’est certain, mais il faut comprendre qu’aucune d’entre elles ne tenait à engager de l’argent  dans ce jeu macabre, ce qui aurait pu amener des situations désagréables. Pour pouvoir y jouer sans vraiment rien engager de sérieux, les vieilles dames avaient trouvé un lot de boutons, tous identiques mais quasi impossibles à retrouver ailleurs sur le marché. Elles s’étaient séparé le lot quelques années auparavant et les boutons changeaient de pot au hasard des paris perdus ou gagnés au cours des années.  Elles conservaient leur boutons-témoins dans des jarres en verre et parfois, elles se plaisaient à regarder le niveau de leur jarre pour voir dans quelle mesure leurs prédictions avaient été justes dans les derniers mois. Amanda avait même tracé des lignes sur du ruban gommé avec des dates, si bien qu’on pouvait voir la précision  de ses prédiction au fil des ans.

Elles avaient convenu  que quand l’une d’entre elle viendrait à mourir, ses boutons iraient dans un pot qui serviraient à sa remplaçante lorqu’elle serait trouvée. On ne trouve pas tous les jours des personnes de cet âge prêtes à chatouiller des poignées de cercueil comme elles le font, juste pour le plaisir de la chose.

L’ambulance se rendit, comme prévu, à la porte principale. Les enjeux allaient monter. ” Deux boutons de plus pour le troisième, gagea Amanda, Madame Lejeune est malade depuis longtemps, j’ai une bonne chance”.

L’enjeu monta allègrement, déplaçant les paris du troisième au deuxième, puis du premier et au cinquième. Pour une gageure sur l’étage, on arrêtait de miser au moment où le brancard franchissait la porte d’entrée. Il suffisait ensuite de regarder l’ascenseur pour avoir une idée de ce qui se passerait. On confirmait en fin de journée et la remise de boutons se faisait après le souper.

Madame Jodoin avait misé 15 boutons sur le cinquième et tout s’arrêta là. Si le brancard s’arrêtait au cinquième les autres lui donneraient chacune 15 boutons autrement elle recevrait 60 boutons au total. L’ascenseur démarra, elles regardaient toutes les lumières au dessus de la porte s’allumer puis s’éteindre. Il passa du quatrième au rez-de-Chaussée sans arrêter nulle part. Les ambulanciers allaient monter. Il repartit vers le haut: 1… 2… 3….4… La porte s’ouvrit devant elles. Aucune n’avait pensé à parier sur leur étage, elles furent toutes surprises. Surtout qu’elles savaient qu’il n’y avait personne de gravement malade sur l’étage depuis quelques semaines déjà.

Les 60  boutons restaient en jeu, personne n’avait gagné. La deuxième manche de la partie pouvait  commencer. Les ambulanciers allaient devoir passer devant elles avec un client sur le brancard pour le redescendre par l’ascenseur. La Question était “Mort ou vivant?”. Le fait était facile à constater. Si le client avait la tête recouverte pour son transport, c’est qu’il était mort, autrement, c’est qu’il était vivant.

Elles n’eurent pas beaucoup de temps pour faire monter les enchères, Madame Tremblay gagna 32 boutons de plus, la tête du passager ou de la passagère du brancard était recouverte; c’était la mort. Elles cessèrent soudainement d’avoir du plaisir à badiner à propos de la mort, c’était trop près cette fois.

Elles n’eurent même pas l’idée de gager sur l’identité de la victime cachée sous le drap blanc du brancard; elles demeurèrent immobiles et silencieuses pendant quelques instants puis Amanda sentit le besoin de s’en retourner dans son petit nid, à méditer.

Elle trouva la porte de son appartement entrouverte, cela lui sembla curieux mais elle n’y prêta pas attention, elle se dit qu’elle avait peut-être oublié de la fermer en sortant; après tout, il lui arrivait parfois d’avoir des distractions; à son âge, ce n’est pas si rare.

Elle alla s’étendre un peu sur son lit pour se remettre de ses émotions, on dort beaucoup à la Résidence du Bon Repos que quelques farceurs et farceuses macabres appellent par dérision “Au Bon Repos Éternel”.

C’est peu après qu’elle se fut étendue qu’elle remarqua qu’il s’était passé quelque chose d’étrange dans l’après-midi: bien que sa mémoire ne fut plus très aiguisée, il lui semblait bien que mesdames Jodoin-Tremblay, St-Gelais et Cormier étaient mortes depuis un certain temps… À sa souvenance, la première à partir avait été Madame St-Gelais,  2 ans auparavant Pourtant, elle était bien là dans l’après-midi. Elle se dit qu’elle avait du se tromper… Ce qui la travaillait, c’était que, dans le groupe de parieuses qui se composait, au total de 10 personnes, seulement celles qu’elle se rappelait être décédées étaient présentes ce jour là pour les enchères.

Elle se releva et retourna au salon où étaient encore ses quatre complices de tout à l’heure.
“Vous êtes encore là?” leur dit-elle. “Mais on est toujours là, voyons, on ne manque jamais une sortie” répondirent les autres en chœur.

Elle avait bien compris que par “sortie” les autres voulaient dire “décès”. “Vous savez, un moment, je m’étais imaginé que vous étiez toutes mortes depuis longtemps, ma mémoire me joue des tours parfois. Pour ce qui est des sorties que vous dites ne jamais manquer, je suis désolée de vous décevoir mais vous avez manqué celle de monsieur Richard, il y a 12 jours. J’étais là avec Madame St-Pierre et Madame Murray et vous n’y étiez pas, du moins, pas à cet étage-ci”

Les quatre autres se regardèrent un instant, perplexes, puis toutes ensemble se dirent à haute voix:” Mais nous y étions… c’est qu’elle ne sait pas encore, alors!!! Elle ne sait pas!”.

“Je ne sais pas quoi? D’après-vous. Je me souviens très bien et au départ de Monsieur Richard vous n’y étiez pas, point.”

Madame St-Gelais s’approcha d’elle pour lui souffler à l’oreille:” Avez-vous une idée de qui se trouvait sous ce drap blanc, sur le brancard, tout-à-l’heure, Madame Tanguay? En avez-vous la moindre idée?”.

- Mais non, je ne suis pas allée voir, vous non plus d’ailleurs, vous ne pouvez pas savoir plus que moi, à moins que quelqu’un ne soit venu vous le dire pendant le temps que je suis retournée à mon appartement.

- C’est bien ce qu’on disait, elle ne sait pas…

- Je ne sais pas quoi?

- Vous avez bien retrouvé la porte de votre appartement entrouverte en rentrant chez vous tout à l’heure?

- Oui, mais quel rapport?

- Votre mémoire ne vous fait pas défaut Madame Tanguay, nous sommes vraiment mortes toutes les quatre depuis un certain temps déjà.

- Et alors, comment je pourrais vous voir?

-Parce que vous faites partie des nôtres maintenant. La personne sur le brancard, recouverte d’un drap blanc, c’était vous, Madame Tanguay.

Publié dans : Non classé on septembre 24, 2011 at 12:15  Commentaires Fermés  

Une image demeure… un bon souvenir

Mon Tobie à la plageami Tobie est parti au pays des anges hier après-midi. Ça me fait du bien de le voir ici, à un moment où il était heureux; c’était, il me semble, il n’y a pas si longtemps. Le temps du bonheur ne dure jamais, la vie se charge de le faire disparaître.

Publié dans : on mars 30, 2010 at 1:51  Commentaires Fermés  

Les enfants naissent dans les choux

Les enfants, c’est bien connu, naissent dans les choux. C’est comme ça depuis que les choux existent du moins; avant, qui peut savoir? Cette réalité me convenait bien et jusqu’à ce que je trouve, dans la boîte à souvenirs de ma mère une photo dérangeante, je m’en accommodais et elle me rassurait sur mes origines.

Ce jour-là, ce fut le choc; parmi les photos qu’elle avait gardées pour elle depuis ma naissance, il y en avait une d’un poupon dans un tiroir. Derrière le bébé en question, une commode à quatre tiroirs; le second à partir du haut étant manquant. Manifestement, c’était celui dans lequel était l’enfant.

Je montrais la photo à ma mère en redoutant la réponse à la question que j’allais poser:

- C’est qui ça?

- Ben! C’est toi quand tu es-né.

Stupeur! J’étais né dans un tiroir et elle ne me l’avait jamais avoué. Je comprenais d’un coup toute la distance qui me séparait des autres humains: je n’étais pas né dans un chou et c’est pour ça que j’étais si différent des autres.

Comment peut-on ne pas dire à un enfant qu’en réalité, on l’a trouvé dans un tiroir et non pas dans un chou? Comment peut-on laisser grandir un enfant avec cette illusion et le laisser dans l’ignorance totale de ce qui fait sa différence?

Mais cette vérité ne fut pas la seule à venir me perturber profondément en ce dimanche de visite à ma mère.

- À quelle heure, je suis né?

- À deux heures du matin..avait-elle répondu sans réaliser l’énormité de son affirmation.

- À deux heures du matin?? Fis-je, incrédule.

- Ben oui!

Là, j’étais sidéré. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça peut faire à un homme de ma trempe d’apprendre qu’il a vu le jour en pleine nuit.

Je venais de comprendre le pourquoi de la désorganisation totale ma vie, de mon manque de sens du timing, de mes retards chroniques: j’arrivais toujours en retard, à l’école, à la messe, à l’arrêt d’autobus, au travail; il m’est même arrivé être en retard aux toilettes, ce qui vous montre le côté dramatique et encombrant de la chose.

Je n’ai jamais osé poser la grande question, la question suprême, celle qui me turlupine depuis ce temps, depuis que j’ai appris l’atroce vérité. Je suis trop gêné et aussi, peut-être ai-je peur encore un fois de la réponse, mais il faudrait que je me décide à le faire avant que ma mère ne nous quitte pour de bon, dans la mesure où ce ne serait pas trop indiscret.

- C’était quoi l’idée d’ouvrir ce maudit tiroir à deux heures du mat, vous auriez pas pu attendre au lendemain…

Publié dans : on février 28, 2010 at 9:13  Commentaires Fermés  

Les carottes à 45 cents

 


À la fin de septembre, comme vous le savez déjà, je m’étais rendu sur la Rive-Sud de Montréal, pour visiter ma mère et le reste de la famille. Profitant de l’occasion, je suis aussi allé sur l’île voir une amie de longue date et nous nous étions planifié un petit souper pour deux, tranquille chez elle. En fin d’après-midi, donc, je partis pour aller acheter de quoi préparer une salade. Je repérai facilement, dans un centre d’achats pas loin de là, un magasin de fruits et légumes où je pourrais trouver tout ce qu’il me fallait.

Arrivé à la caisse, mon regard est attiré par le tissu de l’habit du client devant moi. Pas de doute, ce costume devait bien coûter au moins l’équivalent de deux de mes pauvres chèques de pension. Je lève le regard un peu, question de voir qui pouvait bien se payer un pareil costume. Je vous le donne en mille, Pierre K lui-même, le frère de l’autre, Joseph K, et le big boss de Bébellotron, le grand fournisseur de services internet et de services de téléphonie cellulaire. J’en conclus immédiatement que la Mercedes qui avait attiré mon attention en arrivant devant le marché devait lui appartenir.

Monsieur K n’avait amené à la caisse, qu’un sac de carottes alors je me dis simplement que je n’aurais pas à attendre trop longtemps avant de pouvoir payer ma pomme de laitue, mes champis et mon poivron mais là je commettais une petite erreur.

Monsieur K présenta son petit sac de carottes au caissier qui le passa devant le scanner pour lui dire simplement :”10.95$ monsieur, s’il vous plaît”. L’autre recula d’un pas tellement il était surpris, son visage changea de couleur; je détectai que ce n’était pas la peur qui avait amené cette variation dans la teinte de son visage mais plutôt la colère.

“Comment ça, 10.95$ pour un petit sac de carottes??? C’est marqué ‘Carottes à 45 cennes’ sur l’affiche l’affiche juste là.”

‘Juste là’ c’était tout près de moi, au bout de l’îlot formé par la caisse et effectivement, il y avait une affiche d’environ 40 centimètres su 50 où on annonçait le sac de carottes à 45¢. Pierre K me regarda en me signifiant de corroborer le fait. Je haussai en signe d’acquiescement.

“Mais, monsieur, vous n’avez pas lu toute l’affiche, lui répondit le caissier, les carottes sont 45¢ si elles sont achetées en combo avec le sac de patates et le sac de navets, autrement, elles sont au plein prix.”

- Où ça, c’est marqué?

-Allez-voir l’affiche et lisez bien.

Pierre K recula de deux ou trois pas pour revenir voir l’affiche que je regardais plus attentivement en même temps que lui. Effectivement, au bas de l’affiche, ce que j’avais pris pour un petit carré gris était en réalité un paragraphe difficilement lisible, en gris pale sur blanc où semblaient inscrites certaines conditions de l’achat.

Comme je connaissais les techniques de marketing de l’empire de monsieur K, je trouvais la situation assez cocasse et je m’en amusais cordialement.

Bon, un sac de carottes à 10.95$, ça a pas d’allure

- Le sac est à 2.50$ mais avec les frais de facturation, les coûts de manutention, de l’emballage et les taxes, ça fait $10.95

- Comment ça les taxes, on paie pas de taxes sur la nourriture.

- Sur la nourriture, non, mais sur l’emballage et les autres frais, oui. 10.95$ s’il vous plaît monsieur.

-Comment ça? Si tu penses que je va payer 10.95$ pour un sac de carottes… Tu vas m’annuler la facture, ça presse.

La situation me faisait rigoler de plus en plus. Voir Pierre K pris dans un piège semblable à celui qu’il tend à ses clients me remplissait de bonheur et de bonne humeur mais je n’avais pas encore tout vu.

-Bien monsieur, reprit le caissier, pas de problème. Annulation de transaction $12.95!!!

-Comment ça? C’est pire; v’là que ça va me coûter $12.95 pour annuler une transaction de 10.95$. Ça a pas d’allure

-Vous devez ben le savoir, vous, monsieur (manifestement, le caissier avait reconnu son client) tout ce que ça coûte quand un client décide d’annuler un contrat, il y a des frais, c’est terrible..

-Si tu penses que je va payer ça, tu t’es mis un doigt dans l’oeil. Tes carottes, tu peux ben te les mettre où je pense.

Là dessus, monsieur K rejeta le sac de carottes sur le tapis de la caisse et se dirigea directement vers la sortie. Le caissier était tenace, il appuya sur un énorme bouton au-dessus de sa caisse et un gyrophare s’alluma immédiatement accompagné d’un horrible bruit de sirène; deux immenses gardiens de sécurité, armés de matraques sortirent dune petite pièce qui donnait près de la sortie, empoignèrent Pierre K pour le ramener dans la pièce d’où ils étaient sortis.

Là, j’étais mort de rire; j’en pissais presque dans mes culottes tout en me disant que si le caissier me demandait 20$ pour ma pomme de laitue, je payais et je fermais ma gueule… le show, de toutes façons en aurait valu la peine.

En sortant du magasin, je vis un auto-patrouille du SPVM arriver sur les lieux, visiblement, monsieur K n’était pas au bout de ses peines: il irait certainement en procès.

 

Publié dans : on février 20, 2010 at 10:28  Commentaires Fermés  

Un pit-pit-un matin

Un pit pit, un matin…

Posté le 14 juillet 2008 à 10:31

Le chant clair du bruant à gorge blanche purifie le matin

et l’odeur de l’air rappelle les temps où l’ Homme n’avait pas encore inventé le mal

Publié dans : on janvier 2, 2010 at 9:54  Commentaires Fermés  

Maudits rêves !!!

Cette nuit, pour la première fois depuis près de vingt cinq ans, j’ai rêvé à mon père. C’était assez simple, pour cette partie du rêve du moins. Nous venions tous (la famille) d’arriver chez notre tante qui demeurait à Sept-Îles, notre mère avait défait toutes les valises – je voyais la mienne, vide et repliée le long d’un mur- et nous étions tous, mes frères, ma soeur, cousin et cousines avec nos mères dans le petit salon d’entrée à attendre quelque chose, mais nous ne savions pas quoi. Ma mère a dit:”Vous allez avoir une surprise” puis la sonnette nous a fait savoir que quelqu’un allait entrer. C’était lui; il était souriant, magnifique, imposant, à la fois majestueux et décontracté, comme je me l’imagine quand il était au début de la quarantaine. Il portait un chapeau en tweed et un paletot de suède ocre doublé de mouton (que j’ai encore) avec un foulard gris.

J’étais tellement content de le revoir que je me suis écrié “Papa!” j’étais à peu près au milieu de la pièce qui devait faire environ cinq mètres sur cinq, il est passé à ma hauteur sans s’arrêter, s’est rendu au bout de la pièce, jusqu’à l’entrée de la cuisine et a pris sa mère dans ses bras, il n’avait parlé encore a personne, il avait juste souri.


Je me sentais soudain si troublé d’avoir manifesté tant joie en le revoyant… que l’émotion m’a réveillé; il était 7 heures du mat, le temps de se lever et j’ai eu peur, soudain. Je ne me souviens pas d’avoir rêvé de lui depuis ce cauchemar que j’avais fait quelques semaines après sa mort. Cette fois là, je me souviens de lui avoir dit, dans mon rêve:” Fais plus jamais ça!!” et il n’était jamais revenu, pas même pour un rêve agréable.


Ma peur, aujourd’hui, malgré le bien-être que m’a apporté ce rêve, c’est qu’il soit venu pour ramener l’un d’entre nous et que ce ne soit pas moi… maudits rêves!!!!


Publié dans : on juin 22, 2009 at 11:39  Commentaires Fermés  

La petite voix intérieure (5-fin)

 

 


Et comme j’allais m’endormir, il se mit à me supplier

 

– Fais-moi pas tuer. S’ils me sortent de là, c’est ma mort, je cesserai d’exister. Appelle tout de suite pour dire que tu ne veux pas de cette opération, moi j’en veux pas…

 

-Laisse-moi dormir, on en reparlera demain si tu veux, je suis brûlé.

 

-Non, tout de suite, j’ai trop peur, je peux pas attendre.

 

Devant cette insistance et aussi un peu à cause de l’épuisement, je finis par céder et lui promettre de d’appeler le médecin dès le lendemain pour expliquer que je ne voulais pas de cette intervention.

 

Je croyais en avoir fini avec lui pour le reste de la soirée et pouvoir me reposer mais il y avait une chose qu’il considérait comme essentielle et urgente à faire.

 

– Maintenant que je sais que j’existe, il me faut un nom. Donne-moi un nom!

 

-Choisis donc toi-même et tu me diras comment tu t’appelles.

 

- Ben non, je peux pas choisir mon nom. Personne ne choisit son nom. Le nom est légué par les parents. Alors choisis mon nom!

 

- Je suis pas ton père, choisis toi-même.

 

- Non, mais tu es mon frère. En l’absence des parents, mon frère peut choisir mon nom.

 

- Bon ben tu t’appelles Richard. Ça te va?

 

– Ben non, pas Richard, quand même. Ça fait trop cucu à mon goût.

 

- Jean-Pierre ?

 

– Non plus!!

 

-Ben là! Pourquoi tu me demandes de te choisir un nom si tu acceptes pas celui que je te donne? Quand nos parents nous donnent un nom, on vit avec, point. Si j’avais pu choisir mon nom, j’en aurais pris un autre. Personne n’est satisfait de son nom; les Philippe voudraient s’appeler Jean-Marc, les Marie-Louise aimeraient mieux qu’on les appelle Loulou et les Raymonde se renient un peu chaque jour se disant que n’importe quoi d’autre aurait été mieux.-Un nom! vite!

 

– Jean-Sébastien, comme Bach. En plus, je pourrai t’appeler Sebast ou Seb; ça te va?

 

-Ok! mais qui va m’appeler Jean-Sébastien? Y a personne d’autre que toi qui me parle. Si tu m’appelles Sebast, y a personne qui va m’appeler Jean-Sébastien.

 

- (J’en avais ras le bol)Quand je serai de mauvaise humeur, je t’appellerai Jean-Sébastien, ça te va?

 

- Oui mais ce sera quand?

 

-Jean-Sébastien!!! Ta gueule, je veux dormir.

 

-J’ai compris

 

Il s’est tu et j’ai enfin pu m’endormir.

 

L’éveil de Seb allait amener de nouveaux problèmes. Maintenant qu’il avait pris conscience de son existence, il exigerait de pouvoir occuper plus d’espace et peut-être aussi avoir, à l’occasion le contrôle sur ‘notre’ corps, ça m’inquiétait beaucoup et pourtant il n’était plus question de faire extraire cette ‘masse’ et de faire tuer mon frère jumeau.

 

J’ai décidé de ne pas expliquer la chose de cette manière aux médecins. Ils m’auraient déclaré aliéné et auraient pratiqué leur intervention malgré mon refus. Je leur ai tout simplement dit que j’estimais qu’une chirurgie, à mon avis, présentait plus de risques que le statu quo, qui perdurait depuis ma naissance et qui n’avait jamais créé de problème; que j’aviserais si la situation changeait.

 

-Tu songes à me faire tuer, éventuellement!

 

-Ben non, Seb! je leur ai dit ça seulement pour ne pas avoir l’air étrange à leurs yeux.

 

Il fallait tout lui expliquer, Jean-Sébastien n’a jamais eu accès à mes pensées, ni moi aux siennes d’ailleurs.

 

Depuis que nous avons fait certaines mises-au-points, tout va bien. Nous vivons à deux dans la même enveloppe corporelle. Il n’avance jamais sa personnalité ni son nom quand je lui laisse le contrôle de mon corps. Il ne fait, ni ne dit, d’âneries, ne fait jamais rien que je n’aurais fait moi-même. Il me parle de toutes ses rencontres, de façon à ce que je puisse faire face à la situation s’il m’arrive de croiser une des personnes avec lesquelles il a interagit.

 

J’y trouve maintenant largement mon profit. Pendant qu’il s’occupe de mon corps, souvent, je prends du repos et je dors. Il lui arrive même de travailler à ma place pendant que je rêvasse. Mon corps travaille presque vingt heures par jour mais je dors joyeusement mes neuf heures quotidiennement. Je suis toujours frais et dispos ; on sait que le corps n’a pas vraiment besoin de huit ou neuf heures de repos par jour, que c’est le cerveau qui en a besoin. Nous vivons bien maintenant, à deux pour le prix d’un seul.

 

Pour tout dire, c’est Seb qui a rédigé ce récit. J’ai eu, bien sûr, à réviser et à corriger certaines inexactitudes. Sa vision des choses, il me faut l’avouer, n’est pas toujours objectives.

 

PS – J’ai laissé croire à l’autre qu’il avait le contrôle sur le récit, il me suffisait d’attendre et de faire les corrections tout juste après avoir mis le texte en ligne. (Seb)

 

Publié dans : on mars 21, 2009 at 1:37  Commentaires Fermés  

La petite voix intérieure (4)

Une fois rendu chez moi, je m’étendis sur le dos, sur le divan du salon pour relaxer un peu; c’est mon endroit préféré pour décompresser et consacrer un peu de temps à un exercice qui se situe entre la réflexion et la rêverie. Une fois déchaussé et bien étendu, la tête reposant sur un coussin appuyé sur le bras du divan, je place ma main droite sur le ventre et mon avant-bras gauche sur mes yeux et je me laisse aller.

Ma petite voix intérieure vint me réveiller presqu’aussitôt

– Psst! Faut que j’te parle…

- Quoi, je suis vidé, tu peux pas savoir.

– Je pense que j’ai compris.

– Quoi?

– Ce qui nous arrive, voyons

- Qu’est-ce qui nous arrive?

- Tu as pas compris que je ne suis pas une partie de toi. Je suis quelqu’un, j’existe par moi-même. Je ne suis pas le fruit de ta pensée et tu n’es pas le fruit de la mienne. On est deux, deux vraies personnes.

– Je suis pas schizo, quand même.

- Mais non, t’es pas schizo, ni moi. Tu te souviens du médecin qui t’a expliqué que t’avais un jumeau avorté dans l’abdomen? Et bien, ce jumeau, c’est moi.

Oui, c’est moi, mais je ne suis pas mort, comme il pense, je suis bien vivant. J’ai cessé de me développer physiquement après quelques semaines mais je me suis raccroché à ton système nerveux.

-C’est pas possible une affaire de même!

-Ben oui, j’te dis, c’est comme ça que c’est arrivé, j’en suis certain. Je vois par toi, j’entends par tes oreilles, je sens par tes narines, les même choses que toi. J’apprends en même temps que toi. Comme nous comme jumeaux identiques, nous avons les mêmes goûts, les mêmes aspirations et comme nous vivons dans le même corps, nous nous confondons, tellement que nous n’avions jamais vraiment compris ce qui nous était arrivé.

-Ça se peut, ça?

-Penses-y. Tu vas voir; c’est la seule façon d’expliquer ce qui nous arrive, je l’ai compris quand ils ont prélevé un morceau de moi. Quand ils m’ont arraché un échantillon de tissu, ça m’a fait terriblement mal mais je ne comprenais pas la douleur parce que je ne l’avais jamais ressentie. Quand tu te faisais mal, moi, je sentais rien, j’étais bien à l’abri, au chaud mais là, j’ai senti que ce c’était d’exister, que d’avoir mal et j’ai découvert en même temps que j’étais quelqu’un.

– Compliqué tout ça. Ça t’arrive pas de dormir?

Publié dans : on mars 20, 2009 at 9:00  Commentaires Fermés  

La petite voix intérieure (3)

La petite voix, elle, commençait à montrer des signes d’inquiétude. Régulièrement, je l’entendais me supplier d’arrêter tout ça, me dire que ça finirait mal, qu’elle ne comprenait pas tout à fait ce qui arrivait mais qu’elle avait peur.

C’était la première fois que cette petite voix me parlait de ses émotions. Généralement, on discutait comme de vieux amis, de vieilles connaissances, on parlait de la pluie ou du beau temps, des voitures ou de sport et même de femmes; c’était comme si la personne à l’origine de cette voix avait vécu exactement les mêmes choses que moi, avait vu et entendu les mêmes choses mais je ne m’étais jamais hasardé dans une quête d’identité avec elle. Je l’avais acceptée comme si elle avait été une partie intégrante de moi, un autre moi-même, et je crois que l’autre avait accepté la situation sans vraiment se poser de questions. Nous vivions comme ça depuis le début dans cette espèce de symbiose sans nous demander si nous étions deux entités différentes ou deux reflets de la même personne. C’est ce cri de douleur suivi de incertitude sur ce qui allait arriver qui avaient éveillé en nous un questionnement nous mener à une découverte extraordinaire que la médecine allait refuser de reconnaître.

Enfin les résultats du dernier scan étaient arrivés et le médecin me convoqua à son bureau pour m’expliquer ce qu’il en était.

“Vous savez, dit-il, il arrive parfois, au début d’une grossesse, que le processus soit altéré et que les premières divisions cellulaires amènent l’apparition de deux embryons. Généralement, chacun se développe normalement et on assiste à la naissance de jumeaux identiques, c’est assez fréquent, on considère ça normal.”

Il arrive aussi parfois, mais c’est très rare, que l’un des embryons cesse de se développer, meure et soit absorber par l’autre. On retrouve parfois des poupons avec un bras, un pied ou quelques doigts supplémentaires, intégrés à leur anatomie, du tissu vivant mais inutile qui n’appartient plus à l’autre, mort. Le tissu n’est pas rejeté parce qu’il est complètement compatible avec son hôte. Quand vient le temps, on enlève ce morceau supplémentaire sans aucune séquelle pour la personne…

On va vous enlever ce morceau de tissu qui pourrait nuire au bon fonctionnement de votre foie…

-Et la voix? Demandai-je

-La voix?

Il avait complètement oublié le pourquoi de toute cette batterie d’examens: la petite voix. Son seul sujet de préoccupation était maintenant cette masse de tissu derrière mon foie qu’il avait l’intention d’enlever pour, sans doute, l’examiner à fond sous son microscope. La petite remarque que j’avais crue anodine faite à mon généraliste au début de cette aventure avait enclenché une série de gestes médicaux qui avaient fini par oblitérer complètement la raison de cette enquête.

Comme je n’avais jamais ressenti de douleur au niveau du foie et que, semblait-il, cette masse se trouvait là depuis ma naissance, je ne comprenais pas très bien son empressement à vouloir l’enlever et je lui ai demandé quelques jours pour réfléchir à tout ça avant d’autoriser l’opération. C’est à contre-coeur qu’il m’a laissé ressortir de son bureau pour m’en retourner chez moi sans que j’aie rien signé et dans le ton qu’il avait utilisé pour m’enjoindre de prendre une décision au plus vite, j’avais senti plus qu’un reproche, presqu’une menace.

Publié dans : on mars 19, 2009 at 7:53  Commentaires Fermés  
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