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Publié dans:  on février 11, 2009 at 9:36 Commentaires (1)

Maudits rêves !!!

Cette nuit, pour la première fois depuis près de vingt cinq ans, j’ai rêvé à mon père. C’était assez simple, pour cette partie du rêve du moins. Nous venions tous (la famille) d’arriver chez notre tante qui demeurait à Sept-Îles, notre mère avait défait toutes les valises – je voyais la mienne, vide et repliée le long d’un mur- et nous étions tous, mes frères, ma soeur, cousin et cousines avec nos mères dans le petit salon d’entrée à attendre quelque chose, mais nous ne savions pas quoi. Ma mère a dit:”Vous allez avoir une surprise” puis la sonnette nous a fait savoir que quelqu’un allait entrer. C’était lui; il était souriant, magnifique, imposant, à la fois majestueux et décontracté, comme je me l’imagine quand il était au début de la quarantaine. Il portait un chapeau en tweed et un paletot de suède ocre doublé de mouton (que j’ai encore) avec un foulard gris.

J’étais tellement content de le revoir que je me suis écrié “Papa!” j’étais à peu près au milieu de la pièce qui devait faire environ cinq mètres sur cinq, il est passé à ma hauteur sans s’arrêter, s’est rendu au bout de la pièce, jusqu’à l’entrée de la cuisine et a pris sa mère dans ses bras, il n’avait parlé encore a personne, il avait juste souri.


Je me sentais soudain si troublé d’avoir manifesté tant joie en le revoyant… que l’émotion m’a réveillé; il était 7 heures du mat, le temps de se lever et j’ai eu peur, soudain. Je ne me souviens pas d’avoir rêvé de lui depuis ce cauchemar que j’avais fait quelques semaines après sa mort. Cette fois là, je me souviens de lui avoir dit, dans mon rêve:” Fais plus jamais ça!!” et il n’était jamais revenu, pas même pour un rêve agréable.


Ma peur, aujourd’hui, malgré le bien-être que m’a apporté ce rêve, c’est qu’il soit venu pour ramener l’un d’entre nous et que ce ne soit pas moi… maudits rêves!!!!


Publié dans:  on juin 22, 2009 at 11:39 Commentaires Fermés

La petite voix intérieure (5-fin)


Et comme j’allais m’endormir, il se mit à me supplier

– Fais-moi pas tuer. S’ils me sortent de là, c’est ma mort, je cesserai d’exister. Appelle tout de suite pour dire que tu ne veux pas de cette opération, moi j’en veux pas…

-Laisse-moi dormir, on en reparlera demain si tu veux, je suis brûlé.

-Non, tout de suite, j’ai trop peur, je peux pas attendre.

Devant cette insistance et aussi un peu à cause de l’épuisement, je finis par céder et lui promettre de d’appeler le médecin dès le lendemain pour expliquer que je ne voulais pas de cette intervention.

Je croyais en avoir fini avec lui pour le reste de la soirée et pouvoir me reposer mais il y avait une chose qu’il considérait comme essentielle et urgente à faire.

– Maintenant que je sais que j’existe, il me faut un nom. Donne-moi un nom!

-Choisis donc toi-même et tu me diras comment tu t’appelles.

- Ben non, je peux pas choisir mon nom. Personne ne choisit son nom. Le nom est légué par les parents. Alors choisis mon nom!

- Je suis pas ton père, choisis toi-même.

- Non, mais tu es mon frère. En l’absence des parents, mon frère peut choisir mon nom.

- Bon ben tu t’appelles Richard. Ça te va?

– Ben non, pas Richard, quand même. Ça fait trop cucu à mon goût.

- Jean-Pierre ?

– Non plus!!

-Ben là! Pourquoi tu me demandes de te choisir un nom si tu acceptes pas celui que je te donne? Quand nos parents nous donnent un nom, on vit avec, point. Si j’avais pu choisir mon nom, j’en aurais pris un autre. Personne n’est satisfait de son nom; les Philippe voudraient s’appeler Jean-Marc, les Marie-Louise aimeraient mieux qu’on les appelle Loulou et les Raymonde se renient un peu chaque jour se disant que n’importe quoi d’autre aurait été mieux.

-Un nom! vite!

– Jean-Sébastien, comme Bach. En plus, je pourrai t’appeler Sebast ou Seb; ça te va?

-Ok! mais qui va m’appeler Jean-Sébastien? Y a personne d’autre que toi qui me parle. Si tu m’appelles Sebast, y a personne qui va m’appeler Jean-Sébastien.

- (J’en avais ras le bol)Quand je serai de mauvaise humeur, je t’appellerai Jean-Sébastien, ça te va?

- Oui mais ce sera quand?

-Jean-Sébastien!!! Ta gueule, je veux dormir.

-J’ai compris

Il s’est tu et j’ai enfin pu m’endormir.

L’éveil de Seb allait amener de nouveaux problèmes. Maintenant qu’il avait pris conscience de son existence, il exigerait de pouvoir occuper plus d’espace et peut-être aussi avoir, à l’occasion le contrôle sur ‘notre’ corps, ça m’inquiétait beaucoup et pourtant il n’était plus question de faire extraire cette ‘masse’ et de faire tuer mon frère jumeau.

J’ai décidé de ne pas expliquer la chose de cette manière aux médecins. Ils m’auraient déclaré aliéné et auraient pratiqué leur intervention malgré mon refus. Je leur ai tout simplement dit que j’estimais qu’une chirurgie, à mon avis, présentait plus de risques que le statu quo, qui perdurait depuis ma naissance et qui n’avait jamais créé de problème; que j’aviserais si la situation changeait.

-Tu songes à me faire tuer, éventuellement!

-Ben non, Seb! je leur ai dit ça seulement pour ne pas avoir l’air étrange à leurs yeux.

Il fallait tout lui expliquer, Jean-Sébastien n’a jamais eu accès à mes pensées, ni moi aux siennes d’ailleurs.

Depuis que nous avons fait certaines mises-au-points, tout va bien. Nous vivons à deux dans la même enveloppe corporelle. Il n’avance jamais sa personnalité ni son nom quand je lui laisse le contrôle de mon corps. Il ne fait, ni ne dit, d’âneries, ne fait jamais rien que je n’aurais fait moi-même. Il me raconte toutes se rencontres, de façon à ce que je puisse faire face à la situation s’il m’arrive de croiser une des personnes avec lesquelles il a interagit.

J’y trouve maintenant largement mon profit. Pendant qu’il s’occupe de mon corps, souvent, je prends du repos et je dors. Il lui arrive même de travailler à ma place pendant que je rêvasse. Mon corps travaille presque vingt heures par jour mais je dors joyeusement mes neuf heures quotidiennement. Je suis toujours frais et dispos ; on sait que le corps n’a pas vraiment besoin de huit ou neuf heures de repos par jour, que c’est le cerveau qui en a besoin. Nous vivons bien maintenant, à deux pour le prix d’un seul.

Pour tout dire, c’est Seb qui a rédigé ce récit. J’ai eu, bien sûr, à réviser et à corriger certaines inexactitudes. Sa vision des choses, il me faut l’avouer, n’est pas toujours objectives.

PS – J’ai laissé croire à l’autre qu’il avait le contrôle sur le récit, il me suffisait d’attendre et de faire les corrections tout juste après avoir mis le texte en ligne. (Seb)

Publié dans:  on mars 21, 2009 at 1:37 Commentaires Fermés

La petite voix intérieure (4)

Une fois rendu chez moi, je m’étendis sur le dos, sur le divan du salon pour relaxer un peu; c’est mon endroit préféré pour décompresser et consacrer un peu de temps à un exercice qui se situe entre la réflexion et la rêverie. Une fois déchaussé et bien étendu, la tête reposant sur un coussin appuyé sur le bras du divan, je place ma main droite sur le ventre et mon avant-bras gauche sur mes yeux et je me laisse aller.

Ma petite voix intérieure vint me réveiller presqu’aussitôt

– Psst! Faut que j’te parle…

- Quoi, je suis vidé, tu peux pas savoir.

– Je pense que j’ai compris.

– Quoi?

– Ce qui nous arrive, voyons

- Qu’est-ce qui nous arrive?

- Tu as pas compris que je ne suis pas une partie de toi. Je suis quelqu’un, j’existe par moi-même. Je ne suis pas le fruit de ta pensée et tu n’es pas le fruit de la mienne. On est deux, deux vraies personnes.

– Je suis pas schizo, quand même.

- Mais non, t’es pas schizo, ni moi. Tu te souviens du médecin qui t’a expliqué que t’avais un jumeau avorté dans l’abdomen? Et bien, ce jumeau, c’est moi.

Oui, c’est moi, mais je ne suis pas mort, comme il pense, je suis bien vivant. J’ai cessé de me développer physiquement après quelques semaines mais je me suis raccroché à ton système nerveux.

-C’est pas possible une affaire de même!

-Ben oui, j’te dis, c’est comme ça que c’est arrivé, j’en suis certain. Je vois par toi, j’entends par tes oreilles, je sens par tes narines, les même choses que toi. J’apprends en même temps que toi. Comme nous comme jumeaux identiques, nous avons les mêmes goûts, les mêmes aspirations et comme nous vivons dans le même corps, nous nous confondons, tellement que nous n’avions jamais vraiment compris ce qui nous était arrivé.

-Ça se peut, ça?

-Penses-y. Tu vas voir; c’est la seule façon d’expliquer ce qui nous arrive, je l’ai compris quand ils ont prélevé un morceau de moi. Quand ils m’ont arraché un échantillon de tissu, ça m’a fait terriblement mal mais je ne comprenais pas la douleur parce que je ne l’avais jamais ressentie. Quand tu te faisais mal, moi, je sentais rien, j’étais bien à l’abri, au chaud mais là, j’ai senti que ce c’était d’exister, que d’avoir mal et j’ai découvert en même temps que j’étais quelqu’un.

– Compliqué tout ça. Ça t’arrive pas de dormir?

Publié dans:  on mars 20, 2009 at 9:00 Commentaires Fermés

La petite voix intérieure (3)

La petite voix, elle, commençait à montrer des signes d’inquiétude. Régulièrement, je l’entendais me supplier d’arrêter tout ça, me dire que ça finirait mal, qu’elle ne comprenait pas tout à fait ce qui arrivait mais qu’elle avait peur.

C’était la première fois que cette petite voix me parlait de ses émotions. Généralement, on discutait comme de vieux amis, de vieilles connaissances, on parlait de la pluie ou du beau temps, des voitures ou de sport et même de femmes; c’était comme si la personne à l’origine de cette voix avait vécu exactement les mêmes choses que moi, avait vu et entendu les mêmes choses mais je ne m’étais jamais hasardé dans une quête d’identité avec elle. Je l’avais acceptée comme si elle avait été une partie intégrante de moi, un autre moi-même, et je crois que l’autre avait accepté la situation sans vraiment se poser de questions. Nous vivions comme ça depuis le début dans cette espèce de symbiose sans nous demander si nous étions deux entités différentes ou deux reflets de la même personne. C’est ce cri de douleur suivi de incertitude sur ce qui allait arriver qui avaient éveillé en nous un questionnement nous mener à une découverte extraordinaire que la médecine allait refuser de reconnaître.

Enfin les résultats du dernier scan étaient arrivés et le médecin me convoqua à son bureau pour m’expliquer ce qu’il en était.

“Vous savez, dit-il, il arrive parfois, au début d’une grossesse, que le processus soit altéré et que les premières divisions cellulaires amènent l’apparition de deux embryons. Généralement, chacun se développe normalement et on assiste à la naissance de jumeaux identiques, c’est assez fréquent, on considère ça normal.”

Il arrive aussi parfois, mais c’est très rare, que l’un des embryons cesse de se développer, meure et soit absorber par l’autre. On retrouve parfois des poupons avec un bras, un pied ou quelques doigts supplémentaires, intégrés à leur anatomie, du tissu vivant mais inutile qui n’appartient plus à l’autre, mort. Le tissu n’est pas rejeté parce qu’il est complètement compatible avec son hôte. Quand vient le temps, on enlève ce morceau supplémentaire sans aucune séquelle pour la personne…

On va vous enlever ce morceau de tissu qui pourrait nuire au bon fonctionnement de votre foie…

-Et la voix? Demandai-je

-La voix?

Il avait complètement oublié le pourquoi de toute cette batterie d’examens: la petite voix. Son seul sujet de préoccupation était maintenant cette masse de tissu derrière mon foie qu’il avait l’intention d’enlever pour, sans doute, l’examiner à fond sous son microscope. La petite remarque que j’avais crue anodine faite à mon généraliste au début de cette aventure avait enclenché une série de gestes médicaux qui avaient fini par oblitérer complètement la raison de cette enquête.

Comme je n’avais jamais ressenti de douleur au niveau du foie et que, semblait-il, cette masse se trouvait là depuis ma naissance, je ne comprenais pas très bien son empressement à vouloir l’enlever et je lui ai demandé quelques jours pour réfléchir à tout ça avant d’autoriser l’opération. C’est à contre-coeur qu’il m’a laissé ressortir de son bureau pour m’en retourner chez moi sans que j’aie rien signé et dans le ton qu’il avait utilisé pour m’enjoindre de prendre une décision au plus vite, j’avais senti plus qu’un reproche, presqu’une menace.

Publié dans:  on mars 19, 2009 at 7:53 Commentaires Fermés

La petite voix intérieure (2)

Je savais ce que signifiait pour les médecins la présence de ces voix… et j’avais pris la peine de spécifier qu’il n’y en avait qu’une, que ma tête n’était pas occupée par une cacophonie de voix étranges m’amenant dans un monde de délire, mais juste le fait d’en avoir parlé, de façon tout à fait anondine, avait semé chez elle une quasi certitude que j’avais besoin de soin spéciaux.

Elle me référa d’abord à un psychiatre qui ne me trouva pas de schizophrénie bien qu’il trouvât assez peu normal qu’un personne saine d’esprit entende une voix, une seule… Il me prescrit un médicament qui devait me permettre de relaxer et m’envoya me faire examiner par un audiologiste qui pourrait peut-être trouver, dans mon système auditif, la raison de ce problème qui pouvait peut-être s’apparenter à un acouphène.

L’audiologiste ne me trouva , lui non plus, rien d’anormal mais m’envoya voir un neurologiste qui pourrait peut-être trouver la source du problème. J’eus beau tenter d’expliquer à cet autre disciple d’Esculape que tout ceci ne représentait pas un problème, que je vivais de cette façon depuis mon enfance et que je m’en accommodais très bien, il tenait absolument à me sonder de tous bords, tous côtés. Si je ne simulais pas, je devenais un cas

Finalement, on décida de me scanner d’un bout à l’autre, de la tête aux pieds pour voir s’il n’y aurait pas quelque chose d’anormal dans mon anatomie et c’est là qu’ils ont trouvé quelque chose de peu ordinaire bien qu’ils n’aient pas réussi à faire le lien entre leur découverte et la voix dont je leur avais parlé.

Dans mon abdomen, derrière moi foie, ils ont trouvé une masse ayant la forme et les dimensions d’un petit piment fort. S’inquiétant à première vue, ils avaient pensé à une tumeur cancéreuse, ils arrivèrent à faire un prélèvement et à l’analyser pour en déduire que le tissu était sain et qu’il ne s’agissait absolument pas d’une tumeur. Ce qui m’avait étonné lors du prélèvement, qui s’était fait sous anesthésie locale, ce fut d’entendre un petit cri quand la pince réussit à extraire un petit morceau de tissu:”Ayoye!!! Ça fait mal ! dis leur de pas faire ça!!!” Je n’y ai pas vraiment compris ce qui s’était passé mais la petite voix se plaignit encore pendant trois jours de douleurs intenses mais moi, je ne sentais absolument rien… je me dis que mon imagination devait travailler un peu trop fort face au stress que j’avais subi depuis que les médecins avaient décidé de m’analyser sous toutes les coutures.

Les médecins ne comprirent pas ce qu’ils avaient trouvé: du tissu tout à fait normal, un morceau de muscle, là où il n’aurait dû normalement rien exister de tel. Ils ont donc décidé de me ramener dans le scanner en focalisant toutes leurs énergies sur cette masse étrange.

Publié dans:  on mars 18, 2009 at 7:15 Commentaires Fermés

La petite voix intérieure (1)


Depuis que je suis tout petit, en autant que je puisse m’en souvenir, il y a toujours eu dans ma tête, une petite voix me parlant très distinctement et à laquelle je réponds. J’ai de la difficulté à bien expliquer exactement comment ça se passe, il va falloir que je vous raconte toute mon histoire pour que vous compreniez un peu ce que j’ai vécu depuis mon enfance.

J’ai toujours bien vécu avec cette voix intérieure. Je ne me suis jamais vraiment senti différent des autres. En fait, me fiant à cette expression que bien des gens utilisent ”une petite voix intérieure”, j’ai toujours pensé que tout le monde vivait la même chose que moi mais qu’il était de mise de ne jamais en parler comme on ne parle jamais de certaines autres choses de notre vie intime.

Je n’avais jamais réalisé qu’il s’agissait d’une expression faisant référence à une sorte d’intuition. Pour moi, la voix intérieure était réelle; elle n’émanait pas de moi, mais d’un autre personnage qui semblait résider dans ma tête. On ne se disputait jamais, on était plutôt généralement d’accord sur bien des choses, parfois chacun de nous apportait des arguments avant que je prenne une décision. Parfois, la petite voix me disait :”J’aimerais bien voir ceci” ou ”J’aimerais bien entendre les Beattles (par exemple)” alors pour la satisfaire, parce que je considérais qu’elle faisait un peu partie de moi, j’allais regarder ce que souhaitait voir cette voix ou ce qu’elle voulait entendre. Il lui arrivait même de m’amener à faire certaine lectures ou certains voyages… Je considérais qu’en lui faisant plaisir, je me faisais plaisir à moi. Enfin, on s’entendait relativement bien et c’est encore le cas. Ce qui est différent maintenant, c’est que je sais exactement d’où vient cette voix.

Le début de cette découverte a commencé de façon tout à fait inattendue lors de l’une de mes habituelles visites chez le médecin. Je lui parlais de mes petits bobos et j’ai laissé échappé une petite phrase mentionnant les interventions de cette petite voix qui se faisait entendre dans ma tête. Je tentais de garder notre conversation sur mes symptômes mais elle avait accroché instantanément sur cette histoire de petite voix et elle revenait continuellement sur le sujet. Comme je n’avais aucune raison de me méfier d’elle, je me suis ouvert complètement et je lui ai décrit l’entièreté de la relation que j’avais avec cet personne différente qui logeait en moi. Comme j’étais persuadé que cette situation était commune, j’y allais sans gêne. La petite voix, elle, me répétait qu’il serait peut-être mieux d’être plus discret, si elle avait pu crier:”Ta gueule!!!” par ma voix, je crois bien qu’elle l’aurait fait. Heureusement, j’ai le contrôle total sur ce que je dis et ce que je fais, elle ne peut que discuter, argumenter et bouder…

Publié dans:  on mars 16, 2009 at 4:32 Commentaires Fermés

Les enfants naissent dans les choux


Les enfants, c’est bien connu, naissent dans les choux. C’est comme ça depuis que les choux existent du moins; avant, qui peut savoir? Cette réalité me convenait bien et jusqu’à ce que je trouve, dans la boîte à souvenirs de ma mère une photo dérangeante, je me m’en accommodait et elle me rassurait sur mes origines.

Ce jour-là, ce fut le choc; parmi les photos qu’elle avait gardées pour elle depuis ma naissance, il y en avait une d’un poupon dans un tiroir. Derrière le bébé en question, une commode à quatre tiroirs; le second à partir du haut étant manquant. Manifestement, c’était celui dans lequel était l’enfant.

Je montrais la photo à ma mère en redoutant la réponse à la question que j’allais poser:

- C’est qui ça?

- Ben! c’est toi quand tu es-né.

Stupeur! J’étais né dans un tiroir et elle ne me l’avait jamais avoué. Je comprenais d’un coup toute la distance qui me séparait des autres humains: je n’étais pas né dans un chou et c’est pour ça que j’étais si différent des autres.

Comment peut-on ne pas dire à un enfant qu’en réalité, on l’a trouvé dans un tiroir et non pas dans un chou? Comment peut-on laisser grandir un enfant avec cette illusion et le laisser dans l’ignorance totale de ce qui fait sa différence?

Mais cette vérité ne fut pas la seule à venir me perturber profondément en ce dimanche de visite à ma mère.

- À quelle heure, je suis né?

- À deux heures du matin..avait-elle répondu sans réaliser l’énormité de son affirmation.

- À deux heures du matin?? fis-je, incrédule.

- Ben oui!

Là, j’étais sidéré. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça peut faire à un homme de ma trempe d’apprendre qu’il a vu le jour en pleine nuit.

Je venais de comprendre le pourquoi de la désorganisation totale ma vie, de mon manque de sens du timing, de mes retards chroniques: j’arrivais toujours en retard, à l’école, à la messe, à l’arrêt d’autobus, au travail; il m’est même arrivé être en retard aux toilettes, ce qui vous montre le côté dramatique et encombrant de la chose.

Je n’ai jamais osé poser la grande question, la question suprême, celle qui me turlupine depuis ce temps, depuis que j’ai appris l’atroce vérité. Je suis trop gêné et aussi, peut-être ai-je peur encore un fois de la réponse, mais il faudrait que je me décide à le faire avant que ma mère ne nous quitte pour de bon, dans la mesure où ce ne serait pas trop indiscret.

- C’était quoi l’idée d’ouvrir ce maudit tiroir à deux heures du mat, vous auriez pas pu attendre au lendemain…

Publié dans:  on février 8, 2009 at 4:36 Commentaires Fermés

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Publié dans:  on janvier 28, 2009 at 10:02 Commentaires Fermés

L’anse à Petate

Le nom m’avait fasciné dès la première fois que je l’avais entendu. Je l’avais bien reconnu comme il aurait du être prononcé en bon français: ”L’anse à la Patate” mais prononcé avec cet accent et ces élisions qu’ont les plus anciens, il m’avait vraiment saisi. C’était un des cousins de mon père, mon oncle Y, qui m’avait lancé ce nom par la tête, il y a bien longtemps, au cours de l’une de mes anciennes vies, à l’époque où je devenais gardien des installations de l’île Grande Basque.

En vieux de la vieille, comme s’il connaissait tout du pays, il m’avait lancé ce nom par le tête, l’air de rien, dans une phrase tout à fait anodine quand il appris que je patrouillais l’île chaque jour: ”Pis, t’es-tu allé à l’anse à Petate??”.

Si le nom m’avait surpris ce n’était pas que par la parlure que mon oncle avait utilisé mais aussi parce que j’avais patrouillé l’île de long en large, que j’avais déjà vu et revu toutes les cartes de la Grande Basque et que jamais je n’y avais vu ce toponyme. Je me disais que ce devait être un nom utilisé uniquement par les locaux de vieille souche, que les cartographes avaient oublié de noter ou que le nom avait pu être changé depuis longtemps au profit de celui d’un illustre personnage de la place. Mais rien de tout ça; je ne trouvais jamais aucune trace de l’anse à Petate et souvent cet oncle un peu blagueur s’amusait à me rappeler comment c’était bien, dans le temps de sa jeunesse à l’anse à Petates ce qui me mettait mal à l’aise; je m’en voulais de ne pas bien connaître les lieux qui avaient vu vivre et mourir mes ancêtres depuis trois ou quatre générations.

Finalement, par un jour de septembre, de retour d’une semaine de gardiennage à l’île, comme je mettais le pied sur le quai, je croise un vieil oncle, en fait un cousin de ma grand-mère paternelle que j’appelle aussi ”oncle” à défaut d’avoir un autre mot pour définir ce lien de parenté, il est décédé depuis des décennies maintenant mais il n’avait jamais voulu que je mentionne son nom, alors, je ne dévoilerai que son nom de famille, M. X.Thériault (les Thériault sur la côte-nord, c’est comme les Tremblay au Lac St-Jean, c’est presque un nom commun, alors, en dévoilant son patronyme, je ne dévoile pas un grand secret.)

Toujours est-il que je rencontre mon oncle X.Thériault en arrivant au quai et comme on était un peu après l’heure du souper, on s’installe à une table près du petit resto adjacent au Vieux Quai pour siroter un café et se conter des peurs.

Comme c’est un vieux de la place, j’en profitai pour m’enquérir sur cette fameuse anse à Petates dont me parlait tant mon autre oncle et que je ne trouvais pas. X était petit plutôt maigrichon, ridé comme pouvait l’être un ancien cayen après 92 hivers passés sur la Côte mais il avait gardé des yeux vifs et brillants, malicieux si je peux dire, et je voyais sourire ses yeux.

”L’anse à Petate- dit-il avec air amusé.- C’est sûr! C’est sûr que je la connais hi!hi!hi!”

”Pourquoi c’est si drôle, mon oncle?”

” M’en va te dire un secret, mais répète le à personne et surtout pas à ta grand-mère- et il souriait encore- l’anse à Patate, tous ceux qui pensent connaître le pays disent qu’il la connaissent mais en fait, l’anse à Petates, ça a jamais existé!!! depuis cent ans, on fait accroire que ça existe et y a juste les curieux qui l’ont vraiment cherchée qui ont fini par apprendre que c’est des histoires pour faire parler les faiseux. Ton oncle Y a beau avoir 60 ans passé, je sais qu’il a jamais mis les pieds sur la Grande Basque et je me demande même s’il les a déjà mis sur un bateau, c’est un bon bonhomme mais c’est un beau parleur, il raconte n’importe quoi pour se rendre intéressant.”

J’étais à la fois soulagé et un peu déçu. Satisfait d’avoir résolu le mystère de l’anse à Petate, je savais que cet oncle était surtout un merveilleux raconteur d’histoires et ça m’avait toujours amusé de l’écouter mais j’étais un peu déçu de lui, je l’avais toujours considéré comme une encyclopédie vivante des lieux et des histoires de la place et ce n’était pas vraiment le cas.

Il est mort quelques années plus tard mais je ne lui jamais dit ce que j’avais appris de mon oncle X sur l’anse à Petate. Je crois que c’était mieux comme ça, il a gardé ses rêves et les illusions qu’il tentait de transmettre jusqu’à la fin de sa vie…c’est juste que je sais…mais je pourrais bien me mettre à raconter toute sortes de choses sur l’anse à Petate… juste pour le plaisir de les dire.

Si vous entendez quelqu’un vous parler de l’anse à Petate, faites lui donc plaisir et écoutez le, ça ne coûte rien.

Publié dans:  on janvier 25, 2009 at 10:38 Commentaires Fermés